30 Mar

GREAT PLACE TO WORK : formidable ! Mais…

Signe des temps, Great Place To Work a fait un carton, le 23 mars dernier, en publiant son palmarès 2016 des entreprises « où il fait bon travailler en France ». Visiblement heureux d’oublier un instant la loi Travail, les médias se sont enthousiasmés comme jamais, cette année, pour les 66 lauréats de l’Institut. Ces « boîtes » qui savent si bien (re)concilier « valeur et valeurs », et qui « illustrent à merveille certains atouts de la France ». Mais 24 heures après, à peine, le soufflé était déjà retombé. Fini les belles déclarations sur la qualité de vie au travail, que tout le monde désigne pourtant comme un facteur de croissance bien réel. Et retour à un débat sur le travail dont la qualité, cette fois, n’a vraiment rien de formidable.

Great Place To Work : 66 lauréats en 2016
Palmarès des entreprises « où il fait bon travailler »

« Le travail, c’est la santé »… Vous connaissez la chanson ! C’était en 1965, pendant les Trente Glorieuses. La croissance était au beau fixe, les Français profitaient de leur récente troisième semaine de congés payés, et ils s’amusaient alors beaucoup à reprendre à tue-tête une assertion aussitôt contredite par l’espiègle Henri Salvador : « Le travail, c’est la santé… Rien faire, c’est la conserver ! ». Une petite apologie de la paresse qui sera ensuite réduite à son seul titre, pour devenir un slogan utilisé jusque dans les années 2010 dans les revendications salariales.

Autres temps, autres mœurs… 50 ans plus tard, la croissance est en berne, « rien faire » est vécu avec angoisse par plus de 10 % de la population « active », et quand travail semble enfin rimer avec santé, y compris bonne santé économique, tout le monde s’enflamme.

Un évènement jugé vraiment très, très great

Les médias s’en sont ainsi donnés à cœur joie, ces derniers jours, pour transformer la publication du palmarès 2016 de « Great Place To Work » en événement national. Tous ont pourtant précisé que cet audit ne concernait que 184 entreprises ayant accepté de payer. Pour voir leurs pratiques managériales et la qualité de leur culture d’entreprise passées au crible. Et voir leurs 140 686 salariés donner des avis anonymes comptant pour 75 % dans l’évaluation finale. Mais à l’évidence, cette année, communiquer sur les résultats obtenus par les 66 lauréats avait quelque chose d’irrésistiblement réjouissant.

« En plein débat autour du projet de loi Travail de Myriam El Khomri, où syndicats et jeunes déplorent une détérioration des conditions de travail et de protection des salariés, le palmarès 2016 des entreprises où il fait bon travailler en France est une vraie bouffée d’air frais », explique ainsi Challenge. En précisant : « Il est porteur d’espoir pour des millions de salariés qui vont au bureau ou à l’usine sans motivation particulière, voire avec la boule au ventre, stressés et au bord du burn-out ».

Et c’est donc ainsi que la sortie de ce palmarès a été saluée comme l’apparition soudaine d’une perce-neige après un hiver beaucoup trop long. Et que des titres enthousiasmants ont fleuri un peu partout.

Great Place To Work : 66 lauréats en 2016
Great Place To Work : 66 lauréats en 2016

Du basic « Great Place to Work dresse son palmarès des entreprises où il fait bon travailler » (boursier.com) au prometteur « Les bonnes pratiques des entreprises Great place to work 2016 » (actionco.fr), chacun y est allé de son petit couplet. Journaldunet.com pour féliciter (ses) cinq acteurs du monde informatique « où il est le plus agréable de travailler » ; chefd’entreprise.com pour élever (ses) « 5 PME » au rang de « champions du bien-être entreprise, dotés d’équipe engagées, épanouies et très bien formées » ; et d’autres, pour nous faire allègrement passer des entreprises « où il fait bon travailler » (RTL2) aux entreprises où il fait carrément « bon vivre » (France Inter). Qu’importe la maison, pourvu qu’il y ait l’ivresse !

Grâce à ces « sociétés où le travail fait le bonheur des salariés ». Et qui les (nous) éloignent tellement d’une « époque marquée par la controverse autour de la loi EL KHOMRI »« le mot « travail » évoque trop souvent la corvée ».

Aies confiance…

« Oui, se rendre au bureau le sourire aux lèvres, c’est possible ! », exultait ainsi les Échos, en nous expédiant joyeusement vers ses « 20 boîtes où il fait bon travailler ». Soit, comme le précisait l’Institut Great Place To Work France sur France Info, avant même la parution du palmarès, des entreprises qui « s’articulent autour des relations quotidiennes vécues par les employés, et non autour d’une liste de programmes et d’avantages ». Avec pour maître-mot : « la confiance ». « La confiance, ajoute ainsi l’Institut, est le principe déterminant des entreprises où il fait bon travailler, créé sur la base de la crédibilité de la direction, le respect des employés et l’équité dans le traitement que les salariés attendent. Le degré de fierté, les niveaux de rapport authentique et la solidarité entre les salariés sont d’autres composants essentiels »

Great Place To Work : entreprises qualité de vie au travail
Le « modèle fondamental » de Great Pace To Work

Et salariés et managers : même combat !

Petits schémas à l’appui (voir-ci-contre), l’Institut ajoute ainsi qu’« il existe neuf façons – ou domaines d’action – grâce auxquelles dirigeants et managers créent un environnement où règne la confiance. Les lieux où il fait bon travailler atteignent leurs objectifs organisationnels en utilisant inspiration, discussion et écoute. Ils ont des employés qui donnent le meilleur d’eux-mêmes en pratiquant remerciement, développement et attention. Enfin, ils travaillent ensemble en tant qu’équipe/famille pour embauche, célébration et partage ».

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La confiance, maître-mot pour toute l’entreprise

Au final, un « modèle fondamental » qui a même d’autres vertus.

Révélées cette fois par le cabinet n° 1 Davidson Consulting. En 2015, lorsqu’il a été élu the Great Boîte To Work pour la deuxième fois consécutive, il s’interrogeait faussement sur son site internet : « Il y a un truc dans cette boîte, non ? ». En 2016, devenu triple vainqueur, il n’hésite plus à répondre fièrement que « oui ». Et à ajouter que ce truc est assez sensass pour permettre d’en développer d’autres : « Grâce à l’esprit que nous avons au sein de l’entreprise, Davidson fait partie des lauréats du palmarès Great Place To Work depuis 2010. Au-delà du palmarès qui nous a plutôt souri, cette démarche présente l’intérêt majeur d’entretenir un autre cercle vertueux : celui de la remise en question permanente et la recherche d’idées nouvelles pour faire évoluer notre société dans le bon sens. Bref, en faire toujours plus pour que perdure ce à quoi nous tenons comme à la prunelle de nos yeux : notre ambiance et nos valeurs ! »    

Un modèle fondamental, des entreprises modèles…

De bien belles mécaniques, donc, que ces entreprises où il fait bon travailler. Même s’il y a toujours quelques petits ratés.

Tandis que L’Usine Nouvelle triomphait avec « l’agroalimentaire [sorti] vainqueur », grâce à « Mars France, Mc Donald et Pepsico », France Inter faisait ainsi remarquer, par exemple, que ce même Mc Donald’s France, classé 8e, « n’est pourtant pas un havre de paix pour tout le monde ». Et la radio d’expliquer qu’au moment même où paraissait le palmarès, « une cinquantaine de salariés manifestaient » afin de pouvoir worker dans « la filiale française du géant des hamburgers » au même tarif que les employés de Mc Donald’s aux États-Unis, soit « pour un salaire de 13€ de l’heure ». Pas toujours 100 % « great », donc…

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Davidson, N°1 chez les plus de 500 salariés

Mais visiblement, l’essentiel était qu’il y ait du « work ».

Car la France de Great Place To Work a un incroyable talent. Outre celui, pour certaines de ces entreprises, d’être capables de « garder un visage humain » tout en connaissant une « extraordinaire croissance externe ». Comme l’a affirmé au Figaro le directeur général de l’Institut, Patrick DUMOULIN, ses lauréats « créent des emplois »!

Combien ? Le palmarès ne le dit pas. Mais comme dirait RTL, « il n’y a qu’à voir le nombre de cabinets de conseil et de jeunes pousses technologiques dans la liste » pour comprendre que « les entreprises où l’on se sent le mieux sont les plus créatrices d’emplois ». Et Bénédicte TASSART d’expliquer : « Ces entreprises instaurent de nouveaux systèmes de management plus participatifs, dans un meilleur cadre de vie. Chez Sarenza, les patrons n’ont pas de bureau individuel, ils travaillent avec leurs salariés dans un open space. Chez BlaBlaCar, on se retrouve et chaque manager présente à tout le monde ce qu’a fait son équipe et ce qu’elle va entreprendre. Et puis surtout, dans la plupart de ces firmes les employés ont le sentiment d’être payés à leur juste valeur »

Et voilà le travail !

Que le cabinet de conseil financier Accuracy, premier au classement des entreprises de moins de 500 salariés, résume cette fois à un autre maître-mot que confiance : bienveillance. La bienveillance, sobrement déclinée ainsi par le PDG et fondateur d’Accurancy : « L’exigence bienveillante guide toujours nos choix. C’est le fil conducteur de notre stratégie et notre façon de gérer les ressources humaines ».

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Accuracy, N°1 (aussi) côté bienveillance 

On dirait du Mathieu RICARD. Mais c’est du Frédéric DUPONCHEL, et cela suffit à apporter un peu plus d’eau encore à DUMOULIN. Un directeur général de Great Place To Work France qui a tourné de médias en médias pour tirer les enseignements de son palmarès. « Le bien-être au travail est devenu un enjeu stratégique pour beaucoup d’entreprises », a ainsi raconté sur toutes les ondes le prolixe Patrick. « Pour la seconde fois, deux entreprises françaises sont n°1 de notre Palmarès dans la catégorie des plus et des moins de 500 salariés. Davidson consulting et Accuracy sont de jeunes sociétés (11 ans pour l’une, 12 ans pour l’autre), extrêmement performantes et en croissance soutenue ». Et de conclure (provisoirement) dans les colonnes des Échos : « Elles illustrent à merveille certains des atouts de la France : des équipes engagées et très bien formées, un environnement multiculturel stimulant et une capacité rare à relever les défis compliqués ».

Quelques petits bémols dans le concert de louanges

On adorerait évidemment lui laisser un mot de la fin aussi réconfortant. Mais au risque de gâcher l’ambiance, il faut bien ajouter quelques bémols à ce concert de louanges.

Une, Great Place To Work n’est pas la France. Cette année, c’était au mieux 184 candidats, soit une infime partie du tissu économique d’un pays qui, en 2012, « comptait 3,56 millions d’entreprises dans les secteurs marchands non agricoles » (Observatoire des PME). On est donc très loin d’un classement national. Et plus près d’une liste de 66 lauréats, dont la moitié à peine sont des entreprises françaises, et qui pour gagner, ont d’abord accepté de payer pour participer (et jusqu’à 13 900 euros, nous dit-on !).

Question RH et QVT, il faudrait sans doute élargir un peu l’audit pour savoir combien d’entreprises « illustrent à merveille certains des atouts de la France », et s’il ne reste pas quelques progrès à faire dans le pays…

Autre petite réserve, Great Place To Work, comme l’indique le directeur de l’Institut, est une « enquête auprès d’un échantillon représentatif des salariés français », qui ont été interrogés « sur la base des dimensions du modèle Great Place To Work : crédibilité, respect, équité, fierté et convivialité ». Ce qui peut suffire pour illustrer « certains atouts », mais pas pour faire taire certaines critiques.

Dans son article sur le palmarès 2016, L’Express renvoie ainsi à un autre de ses articles. Une enquête menée en 2011 sur « les dessous des palmarès » souvent pris pour référence : « Great Place To Work », décerné par l’institut éponyme, et « Top Employeur », décerné par le CRF Institute. Et à l’époque, le journal n’avait pas forcément été tendre, s’agissant de relativiser leurs résultats et leur portée. En rappelant d’abord que ceux deux instituts « ne sont ni des institutions officielles, ni des organismes de certification, mais deux sociétés de conseil privées ». Et en s’interrogeant ensuite sur leurs méthodologies, qui, visiblement, ont laissé L’Express « perplexe ». En particulier « lorsque France Telecom ou La Poste, très décriées concernant les risques psychosociaux notamment, figurent dans la liste des élus en 2011… » 

France Télécoms, « Top employeur » en 2011 pour le CRF Institute : c’est vrai que ça devait au minimum témoigner d’un changement radical dans cette entreprise, alors plutôt réputée pour une vague affaires de suicides à répétition qui, par la suite, vaudra des mises en examen pour harcèlement moral ou complicité à plusieurs de ses cadres, de l’ex-PDG à l’ex-DRH !….

Du feu de joie au feu de paille …

Ce qui nous amène à regretter qu’il puisse y avoir dans ces palmarès des entreprises moins au top qu’il n’y paraît. Mais aussi, inversement, que n’y figurent pas des entreprises « hors concours » qui, elles, auraient vraiment des « atouts » à faire valoir. Mais le pire n’est pas là…

Quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à l’encontre de l’Institut ou de son palmarès, Great Place To Work a, en effet, au moins un très gros avantage : une fois par an, l’Institut braque tous les projecteurs sur des entreprises qui ont su réconcilier « intérêts économiques et humains ». A l’image de Colombus Consulting (5e), qui se veut le « cabinet français de transformation alliant Valeur et Valeurs ». Et ce n’est pas rien, de donner ainsi l’occasion aux Français, via des médias comme France Info, d’« aller piocher de bonnes idées, parfois pas chères, chez [les entreprises] désignées par leurs salariés comme les endroits les plus « cool » de France ».

Car ces idées « parfois pas chères » peuvent souvent rapporter gros. Parce que la qualité de vie au travail, c’est un coût énorme pour les entreprises qui la négligent : 3 milliards d’euros par an, au bas mots, pour les seuls risques psychosociaux. Et parce que la qualité de vie au travail, c’est, à l’inverse, un gain énorme pour les entreprises qui la soignent. Et pour le pays qui les abrite. En 2013 dans « Les Échos », deux économistes, Alexandre JOST et Olivier PASTRE, estimaient ainsi « à 1% le potentiel de croissance lié à la prise en compte du bien-être au travail ». 1 % de croissance ! Quand on en est, comme en France, à scruter la courbe dixième par dixième, ça vaudrait le coup d’y réfléchir sérieusement, non ?

La qualité de vie au travail vaut 1% de croissance

Eh ben, non ! Et pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la vitesse à laquelle, cette année encore, les médias sont globalement passés à autre chose. Le mercredi, c’était vivent les entreprises où il fait bon travailler ; le jeudi, « des chiffres du chômage catastrophiques » (Le Parisien). Le 23, c’était la France « qui créé des emplois » ; le lendemain, c’était retour à la « dure réalité du pays » avec GATTAZ (Le Point). Etc.

Finies les conneries, en somme ! Circulez, avec vos « boîtes » qui donnent la banane et vos atouts pour la France. Et place à de nouvelles manifs des lycéens et des étudiants contre la loi Travail, et à une nouvelle mouture d’un projet de loi EL KHOMRI qui ne dit pas un mot sur la qualité de vie au travail. Ce qui, en revanche, dit quasiment tout d’une France où 99 % du débat sur le travail semble occupé par des bourre-pif stériles. Et où 364 jours par an, on voudrait nous faire croire qu’on va pouvoir sortir de décennies de crise en oubliant les meilleures solutions. Et c’est bien ça, le pire…

« Il est temps de (re)lire le rapport « Bien-être et efficacité au travail »

Vous vous rappelez du « rapport LACHMANN » ?  Ce fameux rapport sur « Bien -être et efficacité au travail », remis au Premier ministre en 2010, et concocté, en réalité, par Henri LACHMANN, Président du conseil de surveillance de Schneider Electric, mais aussi Christian LAROSE, Vice-président du Conseil économique, social et environnemental, et Muriel PENICAUD, Directrice générale des ressources humaines de Danone. J’y reviens parce que je doute que vous ayez profité du long week-end pascal pour vous y replonger. Ou pour examiner les « propositions pour améliorer la santé psychologique au travail » qu’il contenait. J’y reviens aussi, et surtout, parce que ces 10 propositions n’ont eu, pour seul défaut, que de reléguer au second plan l’ambition qui les avait inspirées. Une ambition que ces trois personnalités du monde économique affichaient pourtant d’emblée, en gras, dans une introduction qu’il paraît assez opportun de relire aujourd’hui.

« Il ne s’agit pas d’un rapport d’experts mais de «praticiens » : notre ambition était de mettre notre connaissance pratique du monde des salariés et de l’entreprise au service de ce sujet. Les dix propositions qui suivent, centrées sur l’entreprise privée, sont le reflet de nos expériences respectives, des nombreuses auditions que nous avons menées, mais aussi d’une conviction commune, celle que le sujet de la santé au travail réconcilie le social et l’économique ». On croirait lire une introduction dictée par les promoteurs de Great Place To Work !

Et les trois auteurs de poursuivre : « Investir dans la santé au travail est d’abord une obligation sur le plan humain : de plus, ce n’est pas une charge, c’est un atout pour la performance. Parce que social, santé, organisation et management sont indissociables, nous n’avons pas souhaité entrer dans le sujet sous l’angle du seul traitement de la souffrance : pour nous, l’amélioration de la santé psychologique au travail ne doit pas se limiter à la gestion du stress professionnel. Le vrai enjeu est le bien-être des salariés et leur valorisation comme principale ressource de l’entreprise ». Les lauréats pleins de ressources du palmarès 2016 applaudissent.

LACHMANN, LAROSE et PENICAUD concluent : « En France, la fierté du travail bien fait occupe une place importante. Le métier n’est pas qu’une source de rémunération : il est partie prenante de l’épanouissement personnel, de l’intégration et du lien social. Ce lien essentiel avec le travail place l’entreprise au cœur des solutions ».

Que reste-t-il de ces fortes paroles ?

Trois ans après la remise du rapport au Premier ministre, la revue en ligne Métis a passé en revue les cinq grands domaines d’action sur lesquels ses trois auteurs concentraient leurs recommandations : l’indispensable implication de la direction générale, le rôle primordial des managers, l’impact de la délibération sur le travail, le levier du dialogue social et l’intégration dans la conduite du changement. Conclusion du consultant en Responsabilité sociale des entreprises Martin RICHER : « Malgré les indéniables progrès, beaucoup reste à faire. Il est temps de (re)lire le rapport « Bien-être et efficacité au travail »… et de lui donner vie ».

« Le travail et la santé. Rien faire, c’est se condamner » (air connu)

Trois autres années plus tard, on ne saurait toujours pas mieux dire. Surtout après avoir entendu les recommandations de ces « praticiens » crépiter si brièvement dans le feu médiatique. Et surtout après avoir vu la France replonger si lourdement dans un débat sur le travail formidablement constructif, fait de querelles gauche / droite dépassées, d’oppositions dogmatiques entre pro et anti-patrons, et des batailles libéral / social plus idéologiques qu’économiques.

Évidemment, conclure ainsi un article sur les entreprises qui « illustrent à merveille certains des atouts de la France », en se disant qu’il faudra probablement attendre le palmarès 2017 pour en parler de nouveau autant, ça n’est pas forcément très great… Et pour tout dire, on préfèrerait nettement croire que le pire n’est pas certain, et qu’à force de frotter la loi Travail à la loi de Murphy, il finira bien par se produire une réaction permettant de finir sur une note moins pessimiste.

Imaginez, par exemple, que, poussées par la crise, les 3,56 millions d’entreprises françaises « au cœur des solutions » finissent toutes par bouger, et par décider de mettre en œuvre ces fameuses solutions. Quitte à devoir ressortir Henri SALVADOR des cartons, et à aller occuper chaque jour le devant de la scène politico-médiatique en entonnant : « Le travail et la santé. Rien faire, c’est se condamner ». Ça nous rappellerait bien quelques souvenirs, mais ça ne serait quand même plus la même chanson. Car l’économie de la France ne s’en porteraient vraiment pas plus mal. Les médias pourraient s’enthousiasmer au quotidien des « atouts de la France ». Et les Français trouveraient sans doute ça formidable.

Thierry KIEFER

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